Comité Régie d'Entreprise RATP





Portrait d'agent

Le sonneur des Lilas


©Nicolas Frémiot ©Nicolas Frémiot




Machiniste au centre bus des Lilas, Christophe Carrier pratique et enseigne la trompe de chasse. Un sonneur sachant sonner, à pied comme à cheval.

Quand il termine son service et range son bus au dépôt des Lilas, Christophe Carrier peut enfin souffler un peu. Comme tous ses collègues machinistes d’ailleurs… Sauf que le souffle de Christophe lui est plus nécessaire encore pour changer d’air et se consacrer à son loisir de prédilection. Simplement parce que cet agent de 42 ans, ex-pompier de Paris puis ambulancier, entré à la Régie il y a quatorze ans, joue chaque jour de la trompe de chasse, un instrument à cuivre intimement lié aux us et coutumes de la vénerie. Pour être plus précis, Christophe est un sonneur, puisqu’on ne joue pas mais on sonne de la trompe de chasse. Mais pour quelle raison, s’interroge-t-on d’emblée, ce quadragénaire vivant en milieu urbain peut-il trouver un intérêt mélodique à cette trompe dont la seule vocation, plus rituelle qu’artistique, est d’accompagner et guider les équipages de cavaliers, piqueux et chiens durant les chasses à courre ? Une question que Christophe a sûrement maintes fois entendue, et à laquelle il répond sans se formaliser : « Je suis né dans le Berry, un haut lieu de la chasse et de la vénerie », argumente-t-il. Là-bas, pendant toute mon enfance, j’ai entendu mon grand-oncle et un cousin, plus âgé que moi, jouer de cet instrument durant les chasses à courre ou dans des églises. »

Rites et modernité

Pleines de sonorités cuivrées et de scènes de chasse, les années berrichonnes de Christophe l’ont rattrapé plus tard. C’est à 20 ans, la famille s’étant installée à Paris, que le jeune homme s’est mis à emboucher à son tour la trompe de chasse… au bois de Boulogne, endroit idéal pour sonner et résonner en toute liberté. Car la trompe de chasse « peut porter à deux ou trois kilomètres », assure Christophe. Trompeuse trompe, qui malgré un poids insignifiant, fait de 4,45 m de tube lové – on peut aisément la soulever d’un seul doigt – n’a rien à envier à la puissance de l’orgue. « Mais l’on peut aussi sonner en radoux », précise-t-il, c’est-à-dire en son maîtrisé et adouci, idéal pour les lieux couverts. Titulaire d’un brevet de « sonneur classé », délégué départemental de la fédération internationale des trompes de France (FITF), Christophe est devenu en une dizaine d’années un instrumentiste de haut niveau*, donnant notamment des cours à la Garde Républicaine. On ne pourrait énumérer ici les cérémonies et autres événements, urbains ou cynégétiques, où il est invité en compagnie d’autres sonneurs, version pédestre ou à cheval, et toujours en redingote, bombe et bottes noires. Des rites séculaires dont est fier Christophe, qui entend pourtant défendre la modernité de la trompe de chasse : « J’ai joué à plusieurs reprises avec le quatuor de blues-jazz Bon Swing Bon Genre, qui a eu l’idée d’associer des trompes de chasse à son répertoire, et je vous promets que cela vaut le coup. » Vrai, et cette fusion réussie de deux mondes sonores et culturels pourtant bien éloignés, s’est même doté du joli nom de « jazz à courre ».


 
 

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